

Une à une, chacune de ces 505 personnes, a été immortalisée sur fond vert, en respectant à chaque fois la façon dont elle souhaitait être représentée. Marchant, chantant, levant les bras, ou bien simplement contemplant. Chaque portrait a ensuite été intégré dans un collage géant. Les figures ainsi imprimées, découpées, créent des interactions inattendues, comme celle du maire conversant avec des inconnus. L’arrière-plan, un collage d’éléments architecturaux de Kyoto, lie les spectateurs à la ville et à ses multiples facettes, passées et modernes. Le résultat s’affiche sur la façade extérieure de la gare, un mur monumental de 22,55 mètres par 5.
Que l’oeuvre soit présentée dans ce point névralgique de cette ville mondiale dépourvue d’aéroport, n’a pas été choisie au hasard par JR : « Elle symbolise la porte d'entrée de Kyoto, là où le voyage commence. » C’est aussi un lieu de brassage, où les milieux sociaux se croisent dans un flux ininterrompu. Chaque jour, ce sont plus de 700 000 voyageurs qui y transitent — autant de regards susceptibles de se poser sur cette immense fresque, sorte de « Où est Charlie » collectif et enthousiasmant. Sauf qu’ici, il ne s’agit pas de trouver une personne en particulier, mais bien d’observer une silhouette après l’autre, pour tenter de saisir quelque chose de l’âme de la ville.

Comme le disait Paul Klee, « L’art ne reproduit pas le réel, il rend visible. » C’est précisément ce que cherche à accomplir cet artiste protéiforme, qui utilise la photographie à grande échelle pour mettre en lumière des communautés, souvent négligées, et ainsi susciter si ce n’est le dialogue, l’intérêt ou la réflexion. On pense à ses réalisation dans les favelas du Brésil, à la frontière entre la Palestine et Israël, ou plus près de Kyoto encore, dans la région du Tohoku, frappée en 2011 par un séisme et un tsunami dévastateurs. Là, il avait déployé en grand format des portraits de personnes touchées.

En parallèle, le travail du photographe est également exposé à The Kyoto Shibun, ancienne imprimerie de journaux. On est alors plongé dans le monde de ses ‘Chroniques’, et le travail minutieux derrière celles-ci. Une expérience immersive d’autant plus que la deuxième partie de l’exposition nous mène dans un immense hangar, où les photographies de personnes choisies sont collées sur d’immense colonnes et s’éclairent au fur et à mesure que leurs récits se racontent… en japonais mais on peut les retrouver aisément sur un site dédié en anglais. Une belle surprise alors que de voir cette fresque visuelle s’enrichir d’une dimension sonore, rendant ce travail d’autant plus riche et sensible.

Humanité, tel est le thème de Kyotographie cette année. « Nous espérons que grâce au pouvoir de la photographie, notre recherche commune de ce que signifie être humain nous aidera à mieux comprendre les autres et nous offrira l’occasion de partager ce que nous devrions faire dans ce monde chaotique. » écrivent Lucille Reyboz et Yusuke Nakanishi, co-créateurs et co-directeurs du festival. Un très bon choix alors, que d’avoir sélectionné ce projet comme emblème de cette treizième édition.

May 1st, 2025
Chronique de Kyoto
Chronique de Kyoto, 2024
JR
Avril - Mai 2025